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Cabinet Avocat en Tunisie Maitre Imen Nasri

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La jurisprudence Tunisienne en matière d’exequatur : cas du droit de la famille

Meriem Ben Lamine

 

« Un code, quelque complet qu'il puisse paraître, n'est pas plutôt achevé, que mille questions inattendues viennent s'offrir au magistrat. Car les lois, une fois rédigées, demeurent telles qu'elles ont été écrites. Les hommes, au contraire, ne se reposent jamais ; ils agissent toujours : et ce mouvement, qui ne s'arrête pas, et dont les effets sont diversement modifiés par les circonstances, produit, à chaque instant, quelque combinaison nouvelle, quelque nouveau fait, quelque résultat nouveau. Une foule de choses sont donc nécessairement abandonnées à l'empire de l'usage, à la discussion des hommes instruits, à l'arbitrage des juges »2.
De ces quelques lignes tirées du Discours Préliminaire du Code Civil français, on relève la complémentarité entre législation et jurisprudence. En pénétrant l’esprit des lois par son interprétation du texte en cas d’ambigüité ou bien par l’apport de solutions nouvelles en cas de vide législatif, la jurisprudence a été reconnue comme une source formelle de la règle
de droit. Elle est, de ce fait, un supplément à la législation.
La promulgation du code de droit international privé date du 27 novembre 1998, après 10 années de vie, il serait intéressant de voir comment se déroule l’application du code par les praticiens du droit, de voir, plus précisément, la plus value qu’apportent ces derniers au texte du code.
Mon étude portera sur l’exequatur des décisions du droit de la famille. En raison de la spécificité de la matière touchant à la fois au statut individuel ainsi que familial de la personne, la question qui pourrait se poser est la suivante : En accordant l’exequatur aux décisions étrangères de droit de la famille, le juge va-t-il appliquer in abstracto les dispositions du Code de droit international privé ou devrait-il dans certains cas créer des solutions prenant en considération le principe de la nécessaire continuité de l’état des personnes ?
L’exequatur a été défini par la Cour de cassation dans sa décision du 4 janvier 1999 comme suit : « une procédure juridictionnelle qui a pour but d’accorder au jugement étranger
la force exécutoire en Tunisie ; il devient alors susceptible de l’exécution forcée comme il l’est déjà sur le territoire de l’Etat où il a été rendu »3.
Le mot « force exécutoire » utilisé par la Cour pour définir l’exequatur signifie tout acte d’exécution matérielle sur les biens ou de mesures de coercition sur les personnes. On entend par coercition sur les personnes le fait d’obliger une personne à exécuter un acte par la force en cas de résistance. C’est dans ce cas que l’exequatur est nécessaire. Ainsi par

exemple, l’exequatur sera nécessaire pour la remise forcée d’un enfant à celui des parents qui en a obtenu la garde ou pour obliger le débiteur récalcitrant à verser la somme à laquelle il a été condamné.
En pratique, en droit de la famille, les justiciables soulèvent une action en exequatur devant le tribunal de première instance4 pour faire produire des effets à des décisions prononcées à l’étranger aussi bien quand il s’agit d’exécution sur les biens ou de coercition sur les personnes ou dans le cas où il ne s’agit pas d’exécution forcée. Cette attitude est la
conséquence d’une circulaire du secrétariat d’Etat à la justice et de l’intérieure n° 418 du 29 novembre 1965 qui interdit aux officiers de l’état civil de transcrire les décisions étrangères sans l’autorisation du juge »5.
A partir de là une question s’impose : si l’effet recherché n’est pas l’exécution forcée mais seulement la transcription ou la mention sur les registres de l’état civil, l’exequatur est il nécessaire ? Une personne divorcée à l’étranger peut elle se remarier en Tunisie sans que le divorce n’ait été revêtu de l’exequatur ? Une décision d’adoption étrangère peut elle produire
des effets par elle-même sans être revêtue de l’exequatur ?
L’ambigüité de la législation en la matière et notamment celle du Code de droit international privé dans son article 13 n’a pas aidé la jurisprudence. De ce fait, on dégage de la lecture des décisions une attitude hésitante de la part de nos juges. La position de la jurisprudence n’est pas stable, la jurisprudence hésite (I).
En outre, certaines décisions prononcées à l’étranger connaissent un refus d’exequatur après le contrôle de leur régularité pour leur contrariété à l’ordre public international (II). Un refus rigoureux de l’exequatur à l’encontre d’institutions qui sont certes contraires à nos choix fondamentaux est il toujours nécessaire ? D’autant plus que ce refus peut créer dans certains
cas des situations boiteuses contraires à la notion d’état des personnes, à son unité et à sa permanence. Nos juges se sont rendus compte de cela et ont crée des solutions.
I) -Une attitude hésitante de la jurisprudence quant à la soumission des décisions étrangères relatives au droit de la famille à l’exequatur Nos juges ne sont pas unanimes quant au fait de soumettre les décisions étrangères de droit de la famille à la reconnaissance de plein droit. Ainsi, on dégage deux attitudes contradictoires : l’une refuse des effets immédiats aux décisions de la famille (1) et l’autre reprenant le principe établit par l’arrêt Burkley de la Cour de cassation française6 admet des effets immédiat aux décisions de la famille (2).
1- Une attitude refusant des effets immédiats aux décisions étrangères de la famille

Cette attitude refusant la reconnaissance de plein droit aux décisions de la famille a été appliquée à des décisions étrangères d’adoption et de filiation. Dans un jugement en date du 26 juin 2000, le tribunal de première instance de Tunis, a refusé l’exequatur à un jugement autrichien d’adoption pour sa contrariété à l’ordre public. Ce même tribunal a exigé l’exequatur pour un jugement étranger d’adoption pour qu’il soit efficace. Il s’agissait en l’espèce d’une fille adoptive qui s’est présentée devant les autorités tunisiennes pour demander un certificat de décès de sa mère adoptive en présentant un jugement d’adoption français. Les autorités ont refusé d’en tenir compte car il n’était pas revêtu de l’exequatur.
La Cour de cassation dans sa décision du 1 mars 20017 a soumis à l’exequatur un jugement italien qui a attribué le nom du père à son enfant
Les décisions étrangères de garde ont été également soumises à l’exigence de l’exequatur. En matière de garde, c’est en cas de conflit entre les époux que l’exequatur, en tant que technique permettant de donner force exécutoire à une décision étrangère en Tunisie, reprend sa fonction mais ce n’est pas dans cet esprit que la Cour d’appel de Sfax a exigé l’exequatur dans une affaire de garde. Une mère française voulant récupérer ses enfants de
leur père tunisien s’est prévalue d’une décision française lui accordant la garde des enfants.
La Cour a décidé que « La mère ne saurait se prévaloir de la décision française car il s’agit d’un acte émanant des tribunaux étrangers non revêtus de la force exécutoire par les tribunaux du for. Cet acte doit donc être considéré comme un simple papier dépourvu de toute force exécutoire et quand il acquiert cette force son exécution en Tunisie devient possible »8
Dans le même sens la Cour de cassation a décidé dans son arrêt du 9 novembre 1982, que : « Le jugement statuant sur le divorce et la garde des enfants ne peut être reconnu que s’il est passé en force de la chose jugée »9.
Le jugement rendu par le tribunal de première instance de Jendouba le 21 mars 2004 est assez significatif. Le juge, dans cette décision, a donné sa propre interprétation d’un article du code qui a connu de vives critiques de la part de la doctrine puisqu’il distingue entre jugements relatifs à l’état civil et jugements relatifs au statut personnel. Le tribunal a décidé en ces termes que « l’acte de preuve de répudiation dressé par un juge en Arabie Saoudite en
1998 et présenté par l’accusé pour montrer qu’il est divorcé de sa première épouse ne peut d’aucune manière établir la dissolution du premier mariage tant qu’il n’est pas passé par l’exequatur qui rendrait cet acte admissible et lui ferait produire tous ses effets en Tunisie ; l’article 13 CDIP signifie en effet que les jugements relatifs au statut personnel doivent être soumis à la procédure de l’exequatur ».10
Dans cette décision le TPI de Jendouba s’est basé sur l’article 13 CDIP pour expliquer la soumission de l’acte de preuve de la dissolution de mariage à la procédure de l’exequatur. L’article 13 dispose que « L’acte de l’état civil établit à l’étranger ainsi que les jugements définitifs d’état civil sont transcrits sans requérir la procédure de l’exequatur au registre de l’état civil de l’intéressé à l’exception des jugements relatifs au statut personnel et à condition d’en informer la partie intéressée ».
La distinction qu’opère l’article 13 CDIP entre les décisions d’état civil et les
jugements de statut personnel est elle justifiée ? Si on revient à la définition de ces termes, les différences n’existent pas. Ainsi, Cornu définit le statut personnel comme suit : « l’ensemble des règles gouvernant la condition civile des personnes physiques et comprenant l’état et la capacité des personnes y compris les relations familiales ». Cornu a définit l’état civil comme suit : « l’ensemble des qualités inhérentes à la personne que la loi civile prend en
considération pour y attacher des effets (qualité d’époux, d’enfant adoptif, de veuf…). Les principaux éléments retenus qui différencient chaque personne des autres au plan de la jouissance et de l’exercice des droits civils sont : la nationalité, le mariage, la filiation, la parenté, l’alliance, le nom, le domicile, la capacité et même le sexe ». D’après ces définitions, il est difficile de dégager une distinction claire entre statut personnel et état civil. D’ailleurs,
c’est dans ce sens, que la doctrine l’a critiqué. Monsieur Mezghani a écrit à cet effet que : « la distinction inconnue du droit interne est pour le moins étonnante. Elle ne sera pas praticable »11.
Cette distinction nous rappelle la situation avant le CDIP. En effet, avant la
promulgation du CDIP, sous l’empire du CPCC12 seuls les actes étrangers déclaratifs13 de l’état des personnes ou les actes non judiciaires d’état civil comme la naissance, le mariage ou le décès produisaient des effets de plein droit alors que les actes constitutifs14 ou les actes judiciaires d’état civil tel que l’adoption, un jugement de divorce devaient nécessairement
passer par l’exequatur. On pourrait se poser la question suivante : La situation aurait elle restée la même après le CDIP ? Celui-ci n’aurait il réalisé aucun progrès sur ce point ?
A la lecture des différentes dispositions du code relatives à cette question on dénote une évolution. Une action en non reconnaissance est désormais possible à la date d’entrée en vigueur du code. L’article 14 CDIP dispose que : « la partie diligente peut agir soit pour demander l’exequatur soit pour requérir le refus de reconnaissance ». De cette disposition on pourrait déduire que si une action en non reconnaissance existe donc une action en
reconnaissance existe aussi. « La reconnaissance n’a pas besoin d’être requise, elle est admise de plein droit »15 et c’est à la partie diligente de s’y opposer en soulevant une action en non reconnaissance. Il y a donc bien admission de la reconnaissance16 qui est donc indépendante de l’exequatur. Monsieur Mezghani conclut à cet effet que « ne sont pas soumis à l’exequatur les jugements d’état lorsque aucune coercition ou exécution n’est requise»17.
Cette même idée a été reprise par Madame Ben Jemia. Elle a écrit après avoir critiqué la distinction faite au sein de l’article 13 CDIP entre acte d’état civil et jugement de statut personnel que « il aurait été plus clair d’exclure les décisions ou actes constatatifs, déclaratifs et constitutifs de l’état et de la capacité des personnes dés lors qu’ils ne sont pas contestés et qu’ils ne nécessitent aucune mesure de coercition sur les personnes ou sur les biens »18
Cette exigence de l’exequatur traduit une méfiance à l’égard des jugements étrangers. Ces derniers ne peuvent produire des effets en Tunisie qu’après le contrôle de leur régularité. Ce contrôle préalable de la régularité n’est pas justifié en matière de droit de la famille car il va à l’encontre du principe de la continuité de l’état des personnes. Ce n’est qu’en cas où la partie intéressée ou le ministère public requière le refus de reconnaissance que la régularité de
l’acte d’état civil serait contrôlée.
En effet, la reconnaissance n’est pas un blanc seing accordé à la décision étrangère, la partie intéressée peut demander le refus de la reconnaissance si elle démontre que la décision ne remplit pas les conditions de l’article 11 CDIP. La Cour d’Appel en a ainsi décidé dans son jugement du 13 avril 2005 « le jugement étranger de divorce doit être reconnu en Tunisie indépendamment de toute procédure d’exequatur dés lors qu’il n’est plus susceptible de recours dans l’Etat où il a été rendu. Ceci ne signifie toutefois pas que les jugements étrangers de divorce échappent à tout contrôle judiciaire ».
Donc en résumé on pourrait dire que « Ce n’est pas la nature du jugement qui est déterminante en la matière mais l’effet recherché »19. Si l’effet demandé n’est pas l’exécution,
l’exequatur n’a plus lieu d’être demandé, la reconnaissance serait plus adéquate. C’est ce qu’a décidé la Cour d’appel dans son arrêt du 13 avril 2005 : « la doctrine et la jurisprudence admettent que certains jugements étrangers soient dispensé de l’exequatur et distinguent entre jugement étrangers soumis à l’exequatur et jugements étrangers dispensés de
l’exequatur selon que leur exécution nécessite la contrainte ou pas. Sont donc soumis à l’exequatur les jugements relatifs au paiement d’une somme d’argent ou ceux sur la responsabilité ou la délivrance et sont dispensés de l’exequatur les jugements relatifs au divorce, à la filiation et à la rectification des erreurs matérielles dans les actes d’état civil car ces jugements ne nécessitent pas pour leur efficacité le recours à la coercition sur les personnes ou à l’exécution sur les biens »
C’est l’attitude qui a été retenue par certains juges grâce à une correcte compréhension des textes régissant la matière.
2- Une attitude admettant des effets immédiats aux décisions étrangères de la
famille A travers cette attitude nos juges confirment une règle classique du droit international privé, celle de la reconnaissance de plein droit des actes et décisions relatifs à l’état et à la capacité des personnes. Ainsi, la Cour d’appel de Tunis dans un arrêt rendu le 13 avril 2005 a décidé que « la situation de la personne qu’elle soit célibataire, mariée ou divorcée touche à
son état civil. L’état civil de la personne doit produire les mêmes effets quel que soit le lieu où elle se trouve et le fait d’exiger l’exequatur des jugements étrangers de divorce signifie qu’avant l’exequatur les parties sont divorcées dans le pays où le divorce a été prononcé mais elles restent mariées dans les autres pays. Une telle situation est inadmissible en fait et en droit car l’instabilité de l’état civil des personnes est une situation embarrassante et même dangereuse pour la stabilité familiale et elle est en conséquence perturbatrice de l’ordre social ».20
En matière de mariage, nos juges appliquent correctement les dispositions de l’article 37 de la loi du 1 aout 1957 sur l’état civil. Cet article oblige les tunisiens qui se marient à l’étranger selon les formes locales de demander la transcription de l’acte de leur mariage dans les registres tunisiens de l’état civil. Qu’il s’agisse du TPI de Tunis21 ou de la Cour d’appel de Tunis, ces juridictions ne font pas référence à l’exequatur pour les mariages célébrés à
l’étranger. Dans l’arrêt de la Cour d’appel de Tunis n° 120 du 6 janvier 2004, il s’agissait de mariage d’une tunisienne musulmane à un belge non musulman. Au-delà de la question qui pourrait se poser quand à la validité de ce mariage, il s’agit pour les mariages célébrés à l’étranger d’une obligation de transcription sur le registre tunisien de l’état civil. Cette obligation ne constitue selon la cour ni une condition de validité, ni une condition de preuve
du mariage mais elle a seulement pour but selon la Cour : « d’assurer le suivi des modifications qui surviendraient dans son état civil (du tunisien) et effectuer en conséquence les changements qui s’imposent dans son acte de naissance »
Pour ce qui concerne le divorce la plupart des jugements prennent en considération la spécificité de la matière notamment la continuité de l’état des personnes en se basant pour cela sur les dispositions de l’article 42 de la loi sur l’état civil. La Cour de cassation a décidé dans son arrêt du 6 mai 1997 que « il résulte des dispositions de l’article 42 de la loi sur l’état civil que le législateur n’a ni expressément ni tacitement prévu que le jugement
étranger de divorce doit passer par la procédure de l’exequatur mais il fait allusion à sa transcription à la diligence des intéressés. La transcription sur les registres de l’état civil n’est pas un acte d’exécution mais un simple procédé administratif. Il n’y a pas lieu à distinguer la transcription du jugement du divorce rendu en Tunisie et celui rendu en pays étranger en
raison du principe de l’unité de l’état des personnes. En effet, on ne peut considérer une personne comme étant divorcée dans un pays et mariée dans un autre »22. La même Cour a considéré dans sa décision du 4 janvier 1999 que « La transcription du jugement de divorce sur les registres de l’état civil est un simple procédé administratif n’ayant pas la nature de l’exécution d’un jugement car la personne n’a qu’un unique état civil et ne peut donc être
considérée mariée dans un pays et divorcée dans l’autre. Il n’est pas nécessaire de soumettre les jugements étrangers de divorce à l’exequatur »23 Dans ces jugements qui reconnaissent un effet immédiat aux décisions étrangères de divorce, nos juges ont souvent fait référence aux articles 40 et 42 de la loi n°57- 3 du 1er aout 1957. L’article 42 dispose que « si le divorce est prononcé à l’étranger, la transcription est faite à la diligence des intéressés sur les registres d’état civil du lieu où le mariage a été

transcrit » alors que l’article 40 dispose quant à lui que les jugements de divorce ou de mariage sont susceptibles d’être transcrit directement donc sans passer par la procédure de l’exequatur24. C’est ce qu’on appelle la reconnaissance de plein droit de la décision étrangère.
Les décisions concernant l’état civil de la personne : mariage et divorce n’ont pas besoin de passer par la procédure de l’exequatur pour produire leurs effets.Les jugements de divorce qu’épargne l’article 42 de l’exequatur sont soumis à celui-ci selon l’article 13 puisqu’ils font partie de la catégorie des jugements relatifs au statut personnel. La question qui se pose est la suivante : Sachant que l’article 13 est postérieur à l’article 42 peut il abroger tacitement l’article 42 de la loi de 1957 sur l’état civil?
L’abrogation tacite peut résulter de l’incompatibilité entre les dispositions de la loi ancienne et de la loi nouvelle. C’est le cas pour les articles 13 CDIP et 42 de la loi sur l’état civil mais
cette abrogation ne serait pas possible puisqu’il s’agit d’une incompatibilité entre un texte spécial qui est l’article 42 ou 40 puisqu’ils évoquent certaines matières telles que divorce et nullité du mariage et un texte général l’article 13 qui régit les jugements du statut personnel en général et « Lorsque le conflit oppose une loi nouvelle générale à une loi ancienne spéciale, la loi nouvelle générale n’abroge pas la loi spéciale, à moins que le législateur ne
l’édicte expressément »25. Pour éviter cette contradiction entre les textes, il serait plus judicieux de suivre la méthode préconisée par la doctrine et notamment par Monsieur Mezghani. Pour cette doctrine, c’est l’effet recherché qui est déterminant en la matière et non la nature du jugement26.
Une fois que la décision étrangère est soumise à l’exequatur, le juge va procéder au contrôle de sa régularité internationale. C’est l’article 11 CDIP qui pose les conditions de régularité internationale des décisions étrangères. Ces dernières ne peuvent produire des effets sur le territoire tunisien que si elles respectent les conditions de l’article 11. Cet article dispose que : « l’exequatur n’est pas accordé aux décisions judiciaires étrangères si : (a).
l’objet du litige relève de la compétence exclusive des tribunaux tunisiens, (b). Les tribunaux tunisiens ont déjà rendu une décision non susceptible de recours par les voies ordinaires sur le même objet, entre les mêmes parties et pour la même cause, (c). la décision étrangère est contraire à l’ordre public au sens du droit international privé tunisien ou a été rendue à la suite
d’une procédure n’ayant pas préservée les droits de la défense, (d). la décision étrangère a été annulée ou son exécution suspendue conformément à la législation du pays où elle a été rendue ou n’est pas encore exécutoire dans le pays où elle a été rendue, (e). l’Etat où le jugement ou la décision a été rendue n’a pas respecté la règle de la réciprocité ».
La condition qui est souvent évoquée par nos juges pour le refus de l’exequatur aux décisions étrangères de la famille est celle du respect de l’ordre public international. Les autres conditions de l’article 11 du code de droit international ne posent pas de difficultés au regard de la jurisprudence.
II- Le rejet de la demande d’exequatur pour contrariété à l’ordre public international

La condition de la conformité de la décision étrangère à l’ordre public international tunisien retient le plus l’attention de nos juges car la Tunisie est un Etat en transition qui refuse le retour au conservatisme. Bien qu’on remarque à travers les décisions un contenu variable de l’ordre public (A) tantôt intervenant au nom des principes de l’islam, tantôt au nom de principe laïc, une nouvelle tendance pourrait prendre place selon une décision récente
de la Cour de cassation en date du 5 février 2009.
Toute fois un refus rigoureux de l’exequatur en matière de droit de la famille peut
engendrer des situations boiteuses qui remettent en cause le principe de la continuité de l’état de la personne. A cet effet, des décisions prenant le contrepied d’une jurisprudence constante qui recourt à chaque fois à l’ordre public in abstracto pour refuser l’exequatur pourraient constituer des solutions pertinentes (B)
A- Refus de l’exequatur selon un contenu variable de l’ordre public
L’ordre public mécanisme de protection des principes fondamentaux de l’ordre
juridique tunisien se caractérise par son contenu variable à l’égard des décisions de la famille prononcées à l’étranger. Cela pourrait s’expliquer par la spécificité de la matière qui oscille entre tradition et modernité. Ainsi, l’exequatur est refusé aux jugements étrangers européens au nom de l’islam (a) et il est refusé aux jugements étrangers des pays arabo musulmans au
nom de la laïcité (b).
a) Le refus d’exequatur de certains jugements étrangers européens au nom de l’islam.
C’est le cas en matière d’adoption. Le tribunal de première instance de Tunis dans sa décision du 26 juin 2000 a refusé d’accorder l’exequatur à un jugement autrichien d’adoption
car l’adoptant n’était pas musulman. Le tribunal s’est basé pour cela sur une interprétation de l’article 10 de la loi du 4 mars 1958 relative à la tutelle publique, à la tutelle officieuse et à l’adoption qui dispose que « le tunisien peut adopter un étranger ». Selon le TPI il « découle de cette règle que le droit tunisien interdit à l’étranger d’adopter un tunisien d’autant plus que
rien dans le dossier n’indique que l’adoptant s’est converti à l’islam ». Le tribunal a donc refusé l’exequatur à cette adoption pour sa contrariété à l’ordre public au sens du droit international privé.
C’est également au nom de l’islam que la Cour de cassation a refusé d’accorder l’exequatur à un jugement ayant accordé la garde à une mère étrangère non musulmane. La Cour a décidé en ces termes que « Viole l’ordre public international tunisien, le jugement belge qui attribue la garde à la mère étrangère alors que l’enfant est de nationalité tunisienne,
de confession musulmane du fait qu’il descend d’un père tunisien musulman et qu’il a vécu une période en Tunisie où il s’est adapté aux spécificités de son environnement familial et national qu’il a assimilé spirituellement et en s’attachant à sa patrie. La non contrariété à l’ordre public s’apprécie à la lumière de ce que pose la constitution de principes identitaires essentiels concernant la famille, la société, l’éducation, la religion, la langue et surtout
l’amour de la patrie »27

La Cour de cassation a aussi refusé l’exequatur à un jugement italien prononçant la séparation de corps d’un couple tuniso italien domiciliés en Italie au motif que « la Tunisie est un pays musulman qui autorise le divorce et aucune autre procédure contraire à son ordre social ne peut y être admise »28.
Cette connotation religieuse dans les décisions de nos juges ne serait plus la tendance selon des décisions récentes. « L’avènement d’une nouvelle ère jurisprudentielle » selon la doctrine a pris forme depuis deux arrêts, ceux de la Cour d’appel de Tunis en date du 6 janvier 2004 et de la Cour de cassation en date du 20 décembre 2004 confirmé par un arrêt de la Cour de cassation en date du 5 février 2009. En admettant la validité du mariage d’une musulmane
avec un non musulman et celle de la successibilité entre musulman et non musulman. La Cour s’est basée pour cela sur les principes fondamentaux de l’ordre juridique tunisien tel que tirés de la constitution et des traités dûment ratifiés. La Cour a fait référence d’une part à l’article 5 de la Constitution ainsi qu’à l’article 18 du pacte fondamental consacrant la liberté de conscience et d’autre part aux articles 6 de la constitution et 26 du pacte fondamental qui
consacrent le principe de l’égalité.
b) Le refus de l’exequatur des jugements étrangers de pays arabo musulmans au nom de la laïcité
L’ordre public va être mis en oeuvre à l’encontre de la réception d’institutions dont la source est la shariaa, le droit musulman. Comme dans le cas des conflits de lois où le juge fait intervenir l’ordre public avec son effet plein à l’égard des lois des pays musulmans pour empêcher la création sur le territoire tunisien d’institutions contraires à nos choix fondamentaux telle que l’égalité entre l’homme et la femme. Nos juges opèrent de la même manière face à des décisions étrangères provenant de pays qui reconnaissent encore des institutions du droit musulman tel que la répudiation.
Le tribunal de première instance de Tunis, dans sa décision du 27 juin 2000, a refusé d’accorder l’exequatur à une décision étrangère de répudiation égyptienne en ces termes « la demande d’exequatur de la répudiation présentée par l’épouse doit être rejetée car la répudiation constitue un mode classique et religieux de dissolution du lien matrimonial basé sur la volonté unilatérale de l’époux sans égard à l’intérêt de la famille et heurte ainsi l’ordre
public international tunisien tel qu’il ressort de l’article 6 de la constitution, des articles 1, 27 et 16 paragraphes 1 et 2 de la déclaration universelle des droits de l’Homme et des articles 1,
2 et 16-1-C de la conventions des nations unies de 1979 sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes »29.
Ces arguments ont été repris par la même juridiction dans sa décision en date du 1 décembre 2003. Il s’agissait d’une répudiation khôl prononcée au Maroc entre un tunisien et une marocaine. L’époux demande l’exequatur devant le TPI.
Dans les deux cas le TPI a justifié sa décision en se référant à des textes internes et internationaux. La Constitution, la Déclaration universelle des droits de l’Homme, la convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes. Ces textes traduisent l’esprit du courant moderniste et laïcisant de la jurisprudence qui s’affirme dans le principe d’égalité entre époux.

Cette attitude est critiquable du point de vue des femmes répudiées notamment lorsque c’est l’épouse qui demande l’exequatur de la répudiation ou si c’est elle qui a répudié son mari en renonçant à ses droits (Khôl).
Le refus d’exequatur va pousser l’épouse à soulever une action en justice devant les tribunaux tunisiens. Retour devant les tribunaux pour obtenir une dissolution du mariage déjàacquise dans le pays d’origine. Cela va lui causer une perte de temps et d’argent. On pourrait ajouter à cela le risque qu’elle se retrouve dans une situation sans solution dans le cas où elle ne peut pas soulever sa demande de divorce devant les tribunaux tunisiens en raison de leur incompétence. Dans ces cas, des tunisiennes seront enchainées à des hommes qui n’en veulent plus et ne pourront pas se remarier en Tunisie et si elles le font elles seront condamnées pour un délit de bigamie.
Nos juges ont eu conscience de cela et ont appliqué des techniques qui pourront être des solutions efficaces pour garantir la spécificité de la matière du droit de la famille qui est sa permanence.
B- Les solutions pour éviter des situations boiteuses engendrées par un refus rigoureux de l’exequatur
Accorder un exequatur partiel (a) ou atténuer l’effet de l’ordre public (b) face à une décision étrangère de polygamie ou à une répudiation à laquelle la femme a consenti et demande qu’elle produise ses effets pourrait se justifier d’autant plus que les Etats arabes tentent d’améliorer leur législation de la famille. En effet, même s’ils n’ont pas aboli ces institutions ils y ont toute fois mis des limites.
Ainsi, à titre d’exemple, en Egypte un rôle plus accrue a été accordé au juge et au notaire. Ces derniers sont tenus de faire des tentatives de conciliation des époux. L’article 21 de la loi 2000 exige qu’avant de procéder à l’enregistrement d’une répudiation, le mad’hun attire l’attention des époux sur les dangers que représente la rupture. Le juge doit aussi faire tous les efforts possibles pour concilier les époux. La Cour de cassation a jugé la tentative de conciliation comme étant une mesure d’ordre public30. De même, au Maroc, le législateur a apporté quelques limites à la répudiation. La loi du 3 février 2004 portant promulgation du code de la famille marocain n’utilise plus le terme de répudiation mais de divorce non judiciaire et le définit comme suit dans l’article 78 « est la dissolution du pacte de mariage requise par l’époux ou par l’épouse selon des conditions propres à chacun d’eux sous le
contrôle de la justice et conformément aux dispositions du présent code ». Le divorce devient sous le contrôle de la justice et il est subordonné à une autorisation du tribunal (art. 79). Le juge a aussi le devoir de convoquer les parties pour une séance de conciliation.
La polygamie a été aussi subordonnée à des limites. Au Maroc, désormais, la
monogamie est la règle et la polygamie devient donc une exception. Ainsi, l’article 40 du code de la famille31 désigne les cas dans lesquels la polygamie est interdite. Quant à l’article Cette attitude est critiquable du point de vue des femmes répudiées notamment lorsque c’est l’épouse qui demande l’exequatur de la répudiation ou si c’est elle qui a répudié son mari en renonçant à ses droits (Khôl).
Le refus d’exequatur va pousser l’épouse à soulever une action en justice devant les tribunaux tunisiens. Retour devant les tribunaux pour obtenir une dissolution du mariage déjà acquise dans le pays d’origine. Cela va lui causer une perte de temps et d’argent. On pourrait ajouter à cela le risque qu’elle se retrouve dans une situation sans solution dans le cas où elle ne peut pas soulever sa demande de divorce devant les tribunaux tunisiens en raison de leur incompétence. Dans ces cas, des tunisiennes seront enchainées à des hommes qui n’en veulent plus et ne pourront pas se remarier en Tunisie et si elles le font elles seront condamnées pour un délit de bigamie.
Nos juges ont eu conscience de cela et ont appliqué des techniques qui pourront être des solutions efficaces pour garantir la spécificité de la matière du droit de la famille qui est sa permanence.
B- Les solutions pour éviter des situations boiteuses engendrées par un refus rigoureux de l’exequatur Accorder un exequatur partiel (a) ou atténuer l’effet de l’ordre public (b) face à une décision étrangère de polygamie ou à une répudiation à laquelle la femme a consenti et demande qu’elle produise ses effets pourrait se justifier d’autant plus que les Etats arabes tentent d’améliorer leur législation de la famille. En effet, même s’ils n’ont pas aboli ces institutions ils y ont toute fois mis des limites.
Ainsi, à titre d’exemple, en Egypte un rôle plus accrue a été accordé au juge et au notaire. Ces derniers sont tenus de faire des tentatives de conciliation des époux. L’article 21 de la loi 2000 exige qu’avant de procéder à l’enregistrement d’une répudiation, le mad’hun attire l’attention des époux sur les dangers que représente la rupture. Le juge doit aussi faire tous les efforts possibles pour concilier les époux. La Cour de cassation a jugé la tentative de conciliation comme étant une mesure d’ordre public30. De même, au Maroc, le législateur a apporté quelques limites à la répudiation. La loi du 3 février 2004 portant promulgation du code de la famille marocain n’utilise plus le terme de répudiation mais de divorce non judiciaire et le définit comme suit dans l’article 78 « est la dissolution du pacte de mariage requise par l’époux ou par l’épouse selon des conditions propres à chacun d’eux sous le
contrôle de la justice et conformément aux dispositions du présent code ». Le divorce devient sous le contrôle de la justice et il est subordonné à une autorisation du tribunal (art. 79). Le juge a aussi le devoir de convoquer les parties pour une séance de conciliation.
La polygamie a été aussi subordonnée à des limites. Au Maroc, désormais, la
monogamie est la règle et la polygamie devient donc une exception. Ainsi, l’article 40 du code de la famille31 désigne les cas dans lesquels la polygamie est interdite. Quant à l’article 4232 soumet le recours à la polygamie à une autorisation du juge. La polygamie n’est plus un droit du mari mais une permission donné par le juge.
Ces efforts de la part des pays arabo musulmans pourraient être pris en considération pour assouplir l’intervention de l’ordre public à l’égard de leurs institutions et cela en faisant jouer l’ordre public in concreto c’est à dire au cas par cas.
a) Le recours à l’exequatur partiel
La Cour de cassation a fait référence à la possibilité de recourir à l’exequatur partiel dans une décision en date du 24 juin 1997 dans laquelle la Cour a décidé que : « Il ressort du dernier paragraphe de l’article 20 de la convention judiciaire tuniso française qu’un exequatur partiel peut être accordé pour certaines parties du jugement étranger. Viole cette disposition, l’arrêt de la Cour d’appel qui rejette l’exequatur du jugement français au motif qu’il a attribué la garde à la mère étrangère non musulmane domiciliée loin du père ce qui le priverait de la visite et de l’entretien de ses enfants sans examiner les autres parties du jugement qui concernent le principe du divorce et la possibilité de leur exequatur »
L’exequatur peut être total ou partiel. L’exequatur est partiel lorsque seuls certains chefs du dispositif auront force exécutoire, les autres ne l’auront pas en raison de leur contrariété à l’ordre public. Ainsi par exemple, un jugement de divorce peut recevoir exécution dans son dispositif concernant la dissolution du lien matrimonial mais pas en ce qui concerne la garde des enfants. C’est ce que Monsieur J. Foyer appelle l’exequatur partiel
sélectif qu’il oppose à l’exequatur partiel réductif prohibé. Monsieur Foyer les définit comme suit : « (l’exequatur partiel réductif prohibée) est celle qui accorde l’exequatur à une partie seulement d’un chef du dispositif (par exemple en réduisant le montant des dommages et intérêts accordés par la décision constatant la responsabilité) ; le second consiste à n’accorder
l’exequatur que pour partie à un chef du dispositif (par exemple sur l’adoption mais non sur le nom de l’adopté) »33.
Il faut donc pour mettre en oeuvre l’exequatur partiel que les différents chefs du dispositif soient divisibles. C’est ainsi qu’a décidé la Cour de cassation dans son jugement du 8 mai 2003 « rien dans la loi n’interdit l’exequatur de certaines branches d’un jugement étranger sans les autres dés lors que les parties de ce jugement sont indépendante et peuvent
être détachée les unes des autres. En conséquence ne viole pas la loi l’arrêt d’appel qui a admis l’action en exequatur d’un jugement italien dans sa branche relative à la pension alimentaire tout en rejetant la réception de ses branches qui ont statué sur la séparation de corps des époux et la garde des enfants »34. A titre de comparaison, la Cour d’appel de Versailles dans sa décision du 6 février 1997 a ordonné un exequatur partiel par sélection
parmi les chefs de dispositif du jugement étranger : d’un côté le divorce, de l’autre la garde des enfants et ces chefs sont bien dissociables : la décision sur le divorce prononce la dissolution du lien conjugal ; la décision sur la garde par nature révisable aménage les effets de cette dissolution.

Généralement, la victime d’une répudiation peut juger la rupture conforme à ses intérêts mais elle refusera de s’en prévaloir pour des raisons liées à ses effets qui lui sont défavorables : absence de dommage et intérêt, de pension alimentaire, attribution arbitraire de la garde. Dans ce cas on pourrait faire intervenir la notion d’exequatur partiel reconnu par la jurisprudence. La solution proposée est de scinder le principe de la répudiation et de ses
effets. On accorde à la femme sa liberté en reconnaissant la dissolution du mariage et concernant les effets pension, garde….elles seront réglées par le juge national.
« Concrètement, écrit Madame El Husseini, cette solution permet à l’épouse répudiée tout en conservant le bénéfice de la rupture du lien conjugal de demander au juge français d’en régler les effets »35. En effet, les conséquences de la répudiation quant à la garde des enfants ou
celles qui accordent à la femme une pension dérisoires seront réglées par le juge nationale. Le refus d’exequatur n’empêche pas l’épouse demanderesse de présenter une demande subsidiaire reprenant l’affaire au fond en cas de refus de l’exequatur et si elle est défenderesse dans une action en exequatur, elle pourra présenter une demande reconventionnelle36.
La doctrine tunisienne a également soutenue l’idée de l’exequatur partiel quand c’est l’épouse qui demande la répudiation37.
Il est important de noter aussi que les Etats arabes ont fait évoluer leur législation quant aux effets de la dissolution du mariage. Ainsi, par exemple la loi égyptienne n° 1/2000 relative à la réorganisation des règles de procédure en matière de statut personnel a introduit une nouvelle réglementation quant au droit de la femme à la pension. Depuis la loi 2000, la pension alimentaire est évaluée selon le revenu du mari. Le parquet peut intervenir en cas de
conflit pour évoluer le montant des gains. Le législateur a également mis en oeuvre des mesures pour garantir l’exécution de la décision de versement de la pension alimentaire à la mère38 et aux enfants. De même, un article 77 a été introduit dans la loi de janvier 2000 qui prévoit l’emprisonnement de l’époux qui ne paie pas la pension alimentaire.
Le droit marocain de la famille a aussi mis en oeuvre des moyens efficaces pour garantir le droit de l’épouse à la pension. L’article 191 du code de la famille dispose que « le tribunal détermine les moyens d’exécution du jugement ordonnant la pension alimentaire et les charges de logement à imputer sur les biens de la personne astreinte à la pension ou ordonne le prélèvement à la source sur ses revenus ou sur son salaire. Il détermine, le cas échéant, les garanties à même d’assurer la continuité du versement de la pension »
Le constat de l’évolution de la législation de la famille dans certains pays arabes, nous amène à poser la question suivante : faudrait-il toujours faire intervenir l’ordre public de façon rigoureuse ?
Quelques décisions ont répondu à cette interrogation par la négative et ont, de ce fait, atténué l’effet de l’ordre public grâce à un raisonnement in concreto c'est-à-dire en prenant en considération la spécificité de certaines situations familiales et les avantages d’une intervention souple de l’ordre public.
b) La mise en oeuvre de l’effet atténué de l’ordre public
Dans le cadre de l’exequatur, l’ordre public pourrait s’atténuer pour reconnaître des effets à des situations juridiques qui n’auraient pas pu naitre sur le territoire tunisien en raison de leur contrariété à l’ordre public à condition que ces effets ne soient pas eux même contraires à l’ordre public international tunisien.
Dans le cadre de l’effet atténué et contrairement à l’effet plein, l’ordre public
n’intervient pas contre le prononcé d’une institution étrangère sur le territoire tunisien mais contre ses effets. L’effet atténué de l’ordre public a vu le jour dans l’article 37 CDIP : « sont reconnus les effets des décisions régulièrement crées à l’étranger conformément à la loi désignée par la règle de conflit tunisienne, s’il n’apparaît que ces mêmes effets sont incompatibles avec l’ordre public international tunisien ».
Le mécanisme de l’effet atténué de l’ordre public a été mis en oeuvre pour reconnaître des effets à des répudiations prononcées à l’étranger mais aussi à l’égard des décisions étrangères de polygamie.
b* Effet atténué de l’ordre public appliqué aux décisions étrangères de répudiation
A la lecture de quelques décisions, on remarque que nos juges ont eu recours à l’effet atténué de l’ordre public dans deux cas : d’une part lorsque c’est l’épouse qui demande la reconnaissance de la répudiation et d’autre part lorsqu’ils constatent l’absence de proximité avec l’ordre juridique tunisien.
- Atténuation de l’ordre public quand c’est la femme qui demande la reconnaissance de la répudiation
Contrairement au juge de première instance qui a refusé d’accorder l’exequatur à une répudiation à la suite de la demande de la femme de lui faire produire des effets en Tunisie39,
la Cour d’appel de Tunis dans son arrêt du 3 octobre 2001 a décidé que « l’acte de preuve de la répudiation dressé par le tribunal des mariages de Ryad est conforme aux articles 11 et 12 CDIP dés lors qu’il est établi que la femme a accepté cette répudiation et que c’est elle qui demande son exequatur »40.

C’est pour retrouver sa liberté matrimoniale que la femme demande la reconnaissance de la répudiation dont elle a été l’objet. L’effet qu’il est demandé de faire produire sur le territoire tunisien est l’effet de dissolution du lien matrimonial qui n’est pas en soi contraire à l’ordre public international tunisien41 puisque l’article 31 CSP reconnaît cette forme de dissolution du mariage par volonté unilatérale de l’époux ou de l’épouse.
Les juges voulant réduire l’inégalité crée par ce mode de dissolution du lien
matrimonial ont également eu recours à l’effet atténué de l’ordre public pour reconnaître des effets à un khôl demandé par la femme. Ils ont justifié leur décision par plusieurs arguments dont notamment le caractère consensuel du khôl mais aussi par l’absence de proximité avec l’ordre juridique tunisien.
- Atténuation de l’ordre public en raison de l’absence de proximité avec l’ordre
juridique tunisien.Contrairement à un jugement du tribunal de première instance de Tunis en date du décembre 2003 qui a refusé d’accorder l’exequatur à une répudiation khôl demandé par une épouse de nationalité marocaine en contrepartie de sa renonciation à tous ses droits
financiers42, le tribunal cantonal de Tunis, dans sa décision en date du 5 mai 2005 a reconnu un khôl égyptien en décidant en ces termes que « Attendu que le divorce des parties par un acte notarial émanant d’une autorité officielle en Egypte a produit ses effets depuis quatre années et il n’a aucun lien étroit avec la Tunisie vu que le mariage a été célébré en Egypte où
les parties sont domiciliées et divorcées également. De ce fait, il n’y a pas lieu à soulever l’exception d’ordre public pour refuser la reconnaissance du divorce par acte notarial ».
Dans cette décision, le tribunal a reconnu des effets à un khôl égyptien. Cette
répudiation par khôl est réglementée par les dispositions de l’article 20 de la loi n° 1 du 29 janvier 2000 relative à l’organisation des procédures judiciaires dans les affaires de famille.
Selon cet article les époux doivent consentir au khôl. S’il n’y a pas de consentement et que l’épouse le demande, le juge le lui octroie mais elle doit accepter d’abandonner tous les droits patrimoniaux que l’époux lui avait donnés.
La nouveauté apportée par l’article 20 est que la femme peut obtenir son divorce devant le juge même sans l’accord du mari et sans avoir à prouver sa faute. Elle doit cependant, en contrepartie, accepter d’abandonner tous ses droits.Le Tribunal a justifié la reconnaissance d’effets au khôl sur la base d’absence de proximité avec l’ordre juridique tunisien, le mariage ayant été célébré et dissout en Egypte lieu du domicile des parties. Cela va à l’encontre des dispositions de l’article 36 CDIP. En disposant que « le juge invoque l’exception d’ordre public quelle que soit la nationalité des parties au litige. L’exception d’ordre public ne dépend pas de l’intensité du rapport avec
l’ordre juridique tunisien et le litige ». L’article 36 interdit l’ordre public de proximité. La mise en oeuvre de l’ordre public n’est pas subordonnée à l’existence de lien avec l’ordre juridique tunisien lorsqu’il s’agit de laisser se créer sur le territoire tunisien des institutions contraire à nos choix fondamentaux. Une question se pose : Cette interdiction ne
s’appliquerait elle pas pour la reconnaissance des effets des décisions régulièrement crées à l’étranger ? C’est la position que semble admettre le tribunal cantonal dans sa décision du 5 mai 2005.
b**. Effet atténué de l’ordre public appliqué aux décisions étrangères de polygamie Nos juges ont atténué l’ordre public pour reconnaître à la seconde épouse d’un dé cujus libyen des droits dans la succession. La Cour d’appel de Tunis a décidé dans ce sens que« tirer la qualité et l’intérêt pour agir d’une situation contraire à l’ordre public est conforme à l’article 37 CDIP qui autorise que telles situations crées à l’étranger puissent en Tunisie y
produire des effets successoraux. Ainsi, le second mariage célébré à l’étranger entre l’intimée et le défunt peut malgré sa contrariété à l’ordre public produire des effets en Tunisie et donner à la libyenne la qualité de veuve légitime au même titre que la tunisienne et donc la qualité et l’intérêt d’agir »43.
Dans cette décision la Cour d’appel a reconnu des effets pécuniaires à un mariage polygamique. Selon la Cour cette reconnaissance ne heurte pas l’ordre public international tunisien. La Cour a donc considéré la seconde épouse libyenne une veuve légitime tout comme la première épouse tunisienne.
La doctrine a considéré que cette reconnaissance d’effet au second mariage doit être « fondée uniquement sur l’idée de protection de la seconde épouse, démunie de ressources »44. On pourrait considérer que telle était la volonté du juge. En reconnaissant à l’épouse libyenne des droits pécuniaires de la succession, la Cour voulait lui faire bénéficier des effets d’un mariage célébré régulièrement à l’étranger. C’est donc la protection de la seconde épouse qui fonderait la reconnaissance à son profit de droits pécuniaires.
Seul un effet légitime d’une union polygamique peut produire des effets en Tunisie, l’époux ne pourra pas se prévaloir d’autre droit qu’à l’égard de sa première épouse.
Pour conclure on dira d’abord que les institutions du droit de la famille doivent être soumises à la reconnaissance de plein droit car la stabilité de l’état de la personne nécessite sa continuité.
Ensuite, certaines institutions de droit de la famille crées à l’étranger heurtent, certes,nos choix fondamentaux mais le réalisme doit nous pousser à leur reconnaître certains effets légitimes. Monsieur Deprez n’a pas eu tort d’écrire que « comprendre trop largement l’intervention de l’ordre public ne ferait que frapper les femmes d’un déni de justice supplémentaire alors que ces institutions de par leur existence même en font déjà desvictimes »

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1 Cette communication a été donnée lors d’une journée d’étude sur « les dix ans d’application judiciaire du Code
de droit international privé tunisien » organisée par la Faculté de Droit et des Sciences Politiques de Tunis en
Mars 2009.
2 MM PORTALIS, TRONCHET, BIGOT-PREAMENEU, MALEVILLE, Discours préliminaire du premier du
premier projet de code civil.
3 Cass. Civ arrêt n°69522 du 4 janvier 1999. Voir CHEDLY (L) et GHAZOUANI (M), code de droit
international privé, Centre d’études juridiques et judiciaires, Tunis 2008, p.238

4 L’art. 16 CDIP dispose que : « les actions relatives à l’exequatur, à la non reconnaissance ou à la déclaration de
l’inopposabilité des décisions et jugements étrangers sont introduites devant le tribunal de première instance du
lieu du domicile de la partie contre laquelle la décision étrangère est invoquée. A défaut de domicile en Tunisie,
l’action est portée devant le tribunal de première instance de Tunis. »
5 Cité dans l’article de GHAZOUANI (M) « la nécessité d’une reconnaissance immédiate des décisions
étrangères de divorce », Revue tunisienne de droit 2006, p.84 (partie en langue arabe)
6 Cass. Civ. 28 janvier 1860 in Grand arrêt de la jurisprudence française de droit international privé, par ANCEL
(B) et LEQUETTE (Y), Sirey, 2ème édition. 1992, p.27

7 Cass. Civ arrêt n°5480 du 1 mars 2001. Voir CHEDLY (L) et GHAZOUANI (M), code de droit international
privé, Centre d’études juridiques et judiciaires, Tunis 2008, p.239
8 Cour d’appel de Sfax, arrêt n° 229 du 22 janvier 1976
9 Cass. Civ n°6791 du 9 novembre 1982. Bull. Civ. n°4-1982, p.211. De même le tribunal cantonal de Tunis dans
son jugement du 7 janvier 2002 a décidé que « tant que le jugement de divorce rendu à l’étranger n’a pas reçu
l’exequatur en Tunisie la pension alimentaire reste due à l’épouse ». Tribunal cantonal de Tunis jugement n°
80562 du 7 janvier 2002
10 Tribunal de première instance de Jendouba, jugement correctionnel n°50 du 21 mars 2004 ( inédit)

11 MEZGHANI (A), Commentaires du code de droit international privé, CPU 1999, p. 191
12 BEN JEMIA (M), « l’exequatur des décisions étrangères en matière de statut personnel », Revue tunisienne de
droit 2000, p.146
13 G. Cornu définit l’acte déclaratif comme suit est l’acte qui « constate un fait ou acte préexistant ex le lien de
filiation, la reconnaissance volontaire d’un enfant naturel »
14 G. Cornu a définit l’acte constitutif comme suit est l’acte qui « crée un nouvel état de droit, qui établit une
situation juridique nouvelle. Ex, l’adoption, le mandat, un jugement de divorce »
15 MEZGHANI (A), Commentaires du code de droit international privé, p.191
16 MEZGHANI (A), Commentaires, p. 191 mais aussi BEN JEMIA (M), « l’exequatur des décisions étrangères
en matière de statut personnel », article précité, p. 147
17 MEZGHANI (A), Commentaires du code de droit international privé, CPU 1999, p. 191

18 BEN JEMIA (M), « L’exequatur des décisions étrangères en matière de statut personnel », Revue tunisienne
de droit 2000, p.146
19 ibidem

20 Cour d’appel de Tunis, arrêt n° 15886 du 13 avril 2005 (inédit)
21 Tribunal de première instance de Tunis n° 29446 du 18 octobre 1999
22 Revue de jurisprudence et de législation 1-2002, p.223
23 Cass, Civ n° 69522 du 4 janvier 1999. La même idée a été reprise par la Tribunal cantonal de Tunis dans son
jugement du 5 mai 2005. Le Tribunal a considéré que : « ne pas reconnaître d’effet à cet acte constitutif d’un
état nouveau (khôl égyptien) conduit à ce que les parties soient considérées divorcées en Egypte et mariées en
Tunisie. Ceci va à l’encontre du principe de l’état de la personne et de la stabilité de la famille » Journal de droit
international janvier, février, mars 2007, note BELLAMINE (M). Dans le même sens, le Tribunal cantonal de
Tunis a décidé que « le jugement d’exequatur est par nature un jugement déclaratif de la situation juridique née
du jugement étranger, il ne la crée donc pas. Il s’en suit que c’est le jugement libyen de divorce qui a modifié
l’état civil des parties qui deviennent divorcées dés le moment où il est rendu ; le divorce ne résulte pas du
jugement tunisien d’exequatur qui porte nécessairement la reconnaissance des effets juridiques du jugement
étranger à partir de la date où ce dernier est rendu » Tribunal cantonal de Tunis, n°39414 du 23 mai 2005

24 L’article 40 de la loi de 1957 dispose que « les jugements ou arrêts prononçant le divorce ou constatant la
nullité du mariage et ayant acquis la force de la chose jugée doivent être transcrit sur les registres de l’état civil
du lieu où le mariage a été transcrit »
25 Mellouli (S), Introduction à l’étude du droit, imprimerie officielle, 2000, n°283
26 MEZGHANI (A), Commentaires du code de droit international privé, CPU 1999, p.188

27 Cass ; Civ arrêt du 4 janvier 1999, n° 69523. TPI n°23843 du 20 avril 1999, Cass Civ n°72212 du 22
septembre 1999. Cass Civ n° 18182 du 24 octobre 2002. Tribunal de première instance de Tunis n° 46026 du 8
décembre 2003

28 Cass. Civ n° 570 du 12 juin 2000. Cour d’appel de Tunis n° 90330 du 12 novembre 2002
29 Revue tunisienne de droit 2000, p.425 note BEN JEMIA (M)

30 BERNARD MAUGIRON (N), « Quelques développements récents dans le droit du statut personnel en
Egypte ». Revue internationale de droit comparé 2-2004, p.370
31 L’art.40 dispose que : « La polygamie est interdite lorsqu’une injustice est à craindre envers les épouses. Elle
est également interdite lorsqu’il existe une condition de l’épouse en vertu de laquelle l’époux s’engage à ne pas
lui adjoindre une autre épouse »

32 L’art.42 dispose que « En l’absence de condition par laquelle l’époux s’engage à renoncer à la polygamie,
celui-ci doit s’il envisage de prendre une autre épouse, présenter une demande d’autorisation à cet effet. La
demande doit indiquer les motifs objectifs et exceptionnels justifiant la polygamie et doit être assortie d’une
déclaration sur la situation matérielle du demandeur »
33 D. HOLLEAUX, J. FOYER, DE LA PRADELLE, Droit international privé, Masson 1987, p.468. Voir aussi
Journal de droit international 1, 1998, p. 122 et s
34 Cass. Civ n° 23799 du 8 mai 2003. Bull Civ. 1-2003, p.1128.

35 EL-HUSSEINI BAGDACHE (R), Le droit international privé français et la répudiation islamique,
Bibliothèque de droit privé, LGDJ 2002, n°505. Tribunal de grande instance de Paris « L’acte de répudiation
divorce définitif et exécutoire sur le territoire français dans la mesure seulement où il conduit à la dissolution
définitive du lien conjugal mais non quant à sa disposition contenant abandon par Odette Bonnereau de tout droit
de garde sur les deux enfants nés du mariage ». TGI de Paris, 5 décembre 1979, RC 1981, p.92
36 EL-HUSSEINI BAGDACHE (R), le droit international privé français et la répudiation islamique,
Bibliothèque de droit privé, LGDJ 2002, n°509. Voir aussi BEN JEMIA (M), Cours de droit international
privé, 4éme année, faculté des sciences juridiques, politiques et sociales de Tunis, p.58. Elle écrit « une décision
de refus de l’exequatur ne met pas obstacle à ce qu’une demande sur le fond identique à celle qui a été reconnue
bien fondée à l’étranger, la cause de cette demande étant différente de celle de la demande d’exequatur rejetée »
37 BEN JEMIA (M), note sous Tribunal de première instance de Tunis n°34179 du 27 juin 2000. Revue
tunisienne de droit 2000, p.440. Voir aussi BEN ACHOUR (S), « L’ordre juridique tunisien face à la répudiation
islamique », in Polygamie et répudiation dans les relations internationales. Actes de la table ronde organisée à
Tunis le 16 avril 2004 organisée par l’unité de recherche relations privées internationales et la faculté des
sciences juridiques de Tunis. AB consulting Tunisie juillet 2006, p.60
38 La loi de 2000 a crée un fond spécial auprès de la banque sociale Nasser. C’est cette banque qui versera à
l’épouse bénéficiaire d’un jugement de condamnation du mari à une pension le montant de cette dernière. « Les
articles de cette loi mettent en place un système de saisie sur salaire à l’initiative de la banque Nasser à
l’encontre du mari débiteur ». Voir BERNARD MAUGIRON (N), « Quelques développements récents dans le
droit du statut personnel en Egypte ». Revue internationale de droit comparé 2-2004, p.375

39 Tribunal de première instance de Tunis n°34179 du 27 juin 2000
40 Cour d’appel de Tunis, arrêt n° 79204 du 3 octobre 2001

41 Revue tunisienne de droit 2000, note BEN JEMIA (M), p.440
42 Tribunal de première instance de Tunis, n° 47564 du 1er décembre 2003

43 Cour d’appel de Tunis, arrêt, n° 91565 du 13 décembre 2002
44 BEN JEMIA (M), « L’ordre public international tunisien peut il s’atténuer en matière de polygamie ? » in
actes de la table ronde organisée à Tunis le 16 avril 2004 à la Faculté des Sciences Juridiques de Tunis en
collaboration avec l’unité de recherche relations privées internationales. Editions AB Consulting. Tunisie 2006.
p. 34

 

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